Le club des lecteurs numériques

13 janvier 2012

In my Head, Jiminy Panoz

Filed under: avis de lecteur — Delphinesbooks @ 10 h 07 min

Lu par Eric

J’ai profité aujourd’hui d’une offre des éditions Walrus. En effet, le livre In my Headde Jiminy Panoz est proposé temporairement en téléchargement gratuit. L’occasion de s’offrir une petite tranche de lecture. Un livre disponible au format ePub et par conséquent uniquement destiné aux possesseurs de tablette ou de liseuse.Reconnaissons que j’ai abordé la lecture de cette nouvelle avec réticence : encore une énième histoire de serial killer. C’est un domaine de la littérature noire déjà trop encombré, le meilleur émergeant parfois du pire.

Le meilleur avec par exemple Un tueur sur la route de James Ellroy, livre remarquable, repoussant parce qu’il montre qu’un criminel est aussi un être humain avant d’être un monstre. Il y a le Zombi de Joyce Carol Oates, un récit plus banal dans sa construction, mais où la maîtrise d’écriture de l’auteur fait le reste !

Alors In my head a-t-il vraiment une place à occuper ? Oui, car il se positionne sur un créneau peu fréquenté : la farce, ce qui n’est pas péjoratif pour moi, bien au contraire. L’humour dans la littérature noire reste une rareté.

Dès les premières lignes, nous sommes dans la peau du serial killer John Hawkey Jr : “On affiche des photos de moi. Ils ont fouillé le taudis de maman. On me voit bébé, pleurant. On narre mes exploits de scarification et de mutilation avec une jolie voix off bien grave, on conclut la série avec une photo de groupe où je tiens fermement un vieux colt hérité de mon grand-père. Preuve est faite : je suis devenu un monstre”.

Pour le coup, mes réticences de départ se sont rapidement effacées. L’auteur possède bien son style : efficace sans pour autant tomber dans la sécheresse laconique si souvent caractéristique des romans noirs. On est vraiment dans l’action, tout en n’occultant pas la dimension psychologique. Pour autant cette dernière n’est jamais trop lourde ou démonstrative. Un juste équilibre entre l’écrit et le suggéré. On appelle ça la subtilité.

Mais justement ! Séduit par cette subtilité, on trouve la nouvelle courte, vraiment trop courte. Si l’histoire en elle-même présente des éléments très intéressants – le découpage en trois parties, reprenant les points de vue des trois protagonistes – l’ensemble n’est pas assez développé. De fait la psychologie des personnages reste inaboutie. L’auteur en a sous le pied, on le sent, mais il aurait pu nous entraîner sur une distance plus longue. Frustration du lecteur ? oui !

Dans ces conditions, il est difficile de vraiment profiter d’une narration qui aurait pu davantage s’étendre. Tout va très rapidement, c’est sans doute voulu, mais dix ou vingt pages de plus n’auraient pas été de trop.

Plus haut j’évoquais une farce. Sur ce plan, la nouvelle est très réussie. Une sympathique farce sociale ! De manière surprenante on se prend de sympathie pour ce serial killer qui s’attaque à ce que nous détestons le plus dans la société : la manipulation et le travestissement de la sincérité.

Des textes parfois trop courts : c’est l’un des problèmes de l’édition numérique actuelle. Il est de bon ton pour elle, et à juste titre, de pointer du doigt la position tarifaire des grands éditeurs à l’égard du numérique, souvent délirante, encore trop rarement attractive.

Après avoir écarté pages vierges, présentation, notes d’édition, annonces diverses, In My Head contient 28 pages de texte,. Il s’agit donc d’une courte nouvelle qui se lit en un peu moins d’une trentaine de minutes. Combien le livre est-il vendu normalement ? 1,99 €. C’est cher, très cher. C’est beaucoup plus cher qu’un livre de poche. Si l’on conservait la même proportion, j’aurais payé mon édition de poche du Dahlia noir de James Ellroy… 32 euros !  Les éditions Walrus, sans mériter le moindre bonnet d’âne, pourraient revoir leur prix de vente. Il ne s’agit pas évidemment de juger d’un livre sur le ratio nombre de mots / prix, ce serait ridicule, mais quand même !

Pour autant faut-il se passer de ce texte ? Sans doute pas, car l’auteur, que je ne connais pas, mérite d’être soutenu et encouragé. Et puis n’oublions pas c’est gratuit… du moins à titre temporaire.

——————-

Et les autres, vous l’avez lu ? Moi oui et j’ai trouvé ça aussi beaucoup trop court !

6 Commentaires »

  1. C’est bien pour cela que nous l’offrons via notre site, et ce n’est pas temporaire. Le prix un peu élevé ( pas tant que ça, j’ai vu plus cher et on n’achète pas un livre au kilo ou au nombre de caractères) est là pour inciter au téléchargement via Twitter. ;-)

    Commentaire par Le morse — 13 janvier 2012 @ 10 h 54 min

  2. [...] réagis suite à l’article d’Éric Nolier à propos de In My Head de Panoz publié chez Walrus (mais en fait je réagis [...]

    Ping par Deux francs six sous : payer moins pour lire plus ? « La Dame au Chapal — 13 janvier 2012 @ 12 h 16 min

  3. Il me paraît plutôt exagéré de reprocher à Walrus sa politique de prix quand aucun de ses ouvrages ne dépasse le prix de 4€, et que plusieurs d’entre eux sont proposés gratuitement, alors que nombreux sont les éditeurs à proposer toujours leurs ebooks à 15€ !

    Consulter le catalogue de Walrus sur Immateriel pour vérifier cela :
    http://librairie.immateriel.fr/fr/list/editeur-383-walrus/page/1/date

    Je pense qu’il faut vraiment s’interroger sur le prix du numérique, sans exagérer. Si 2€ est un prix “très cher” (le terme n’est-il pas excessif ? On parle bien de 2€ ?), quel est le juste prix ? Et surtout à quoi est-on censé s’attendre pour ce prix là ? Je ne tiens pas à voir mes futures lectures parasitées de publicité, et pourtant ce sera vite le cas si 2€ deviennent trop cher pour les lecteurs.

    Commentaire par Sediter — 13 janvier 2012 @ 12 h 48 min

  4. [...] réagis suite à l’article d’Éric Nicolier à propos de In My Head de Panoz publié chez Walrus (mais en fait je réagis [...]

    Ping par Deux francs six sous : payer moins pour lire plus ? « La Dame au Chapal — 13 janvier 2012 @ 12 h 52 min

  5. [...] donc) qui est un micro-roman (donc un roman à action resserrée qui se lit assez vite) -> jugé très cher par un lecteur.Si Jiminy s’est bien défendu chez La Dame au Chapal en expliquant le travail fourni derrière [...]

    Ping par Paumadou » Mise au point sur le « fric » dans l’édition numérique (avec des chiffres dedans) — 14 janvier 2012 @ 20 h 29 min

  6. [...] Le club des lecteurs numériques [...]

    Ping par Livres numériques by stephmichaux - Pearltrees — 15 janvier 2012 @ 20 h 03 min


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